Pseudo-élixirs du plaisir féminin
Le Viagra féminin n'est pas pour demain. A défaut d'être parvenue à commercialiser la pilule du plaisir, l'industrie pharmaceutique a néanmoins réussi à distiller la notion floue et abusive de "dysfonctions sexuelles féminines". Le British Medical Journal a eu beau, en 2003, dénoncer la malhonnêteté intellectuelle d'une étude qui assurait que la prévalence de ces dysfonctions concernait 43 % des femmes de 18 à 59 ans, ces chiffres continuent de faire florès.
Dans les élégants salons du restaurant La Maison Blanche à Paris, une jeune société, Cothera, a présenté jeudi 19 octobre une nouvelle gamme de produits "dédiés au plaisir de toutes les femmes" importés d'Angleterre et désormais distribués dans les pharmacies françaises. Après le succès fulgurant du Viagra, puis la mode des sex-toys "chics" façon Sonia Rykiel, place à la parapharmacie du plaisir féminin.
"Tonifier et raffermir les muscles du périnée", "favoriser l'excitation et la motivation sexuelle", "répondre aux troubles de l'orgasme", "résoudre les problèmes de sécheresse vaginale", "évaluer la possibilité d'être en période de périménopause", tout y passe sous forme de patch, de gel, de "stimulateur digital", etc. Un numéro savamment mis en scène avec un emballage épuré aux tons pastel et la caution médicale de trois spécialistes : Sylvain Mimoun, gynécologue, Mireille Bonierbale, psychiatre et sexologue à l'hôpital marseillais Sainte-Marguerite, et le professeur François Haab, urologue à l'hôpital parisien Tenon.
Hors micro, ce dernier prend ses distances avec une partie des produits proposés. Ainsi, le "libidopatch" qui, apposé au poignet, est censé "libérer les fantasmes" après avoir été "sniffé", "manque cruellement d'études contre placebo", reconnaît le professeur Haab. Le "ménotest" - pour déterminer l'arrivée imminente de la ménopause - ne lui semble pas non plus relever d'une "révolution scientifique".
Si ce spécialiste de la périnéologie a accepté de cautionner cette présentation, c'est essentiellement pour vanter les mérites du pack de rééducation périnéale. "Il existe des pathologies organiques (séquelles de l'accouchement, incontinence urinaire, béance vulvaire) qui peuvent avoir un retentissement sur la sexualité", souligne-t-il. Si une rééducation du périnée effectuée par un kinésithérapeute ou une sage-femme est normalement prescrite à toutes les jeunes accouchées, "trop de femmes pensent que les effets de cette rééducation sont définitifs alors qu'il est nécessaire d'entretenir la tonicité musculaire", insiste le professeur Haab, qui se dit "stupéfait par la méconnaissance qu'ont les femmes de leur anatomie, en particulier de la fragilité du périnée".
Présents depuis longtemps en pharmacie, les lubrifiants sont considérés par certains médecins comme une "réponse justifiée" au problème de sécheresse vaginale, notamment à la ménopause. "Il est utile de donner des moyens locaux pour éviter les douleurs lors des rapports", insiste le docteur Mimoun. Lui et sa consoeur le docteur Bonierbale vantent sans détour les objets d'"aide au plaisir". "Il existe un frein dans le monde médical et parmi les patientes vis-à-vis du lubrifiant, trop souvent associé à la pénétration anale alors qu'il peut avoir une vraie place pour assurer des rapports sexuels confortables", constate le professeur Haab. Pour le docteur Bonierbale, les gels et autres stimulateurs sont "des outils médiateurs de la conscience du corps, des amorces du plaisir". Et du désir ? (Article paru dans Le Monde le 25.10.06)
<